Honoraires d'architecte en Belgique : comment les calculer et vérifier qu'ils sont rentables
En Belgique, il n'existe plus de barème d'honoraires d'architecte : l'Ordre des architectes a aboli son barème en 2003, et la Commission européenne a jugé en 2004 que même un barème simplement « recommandé » était contraire au droit de la concurrence. Chaque architecte fixe donc librement ses honoraires, en accord avec son client. La méthode la plus sûre tient en quatre étapes : estimer les heures de la mission phase par phase, calculer le coût complet d'une heure de votre bureau, en déduire le prix qui couvre ces heures avec la marge voulue, puis présenter ce prix au client sous la forme qu'il comprend le mieux (pourcentage des travaux, forfait ou taux horaire). Le pourcentage n'est qu'une façon d'exprimer le prix, pas une façon de le calculer.
Existe-t-il encore un barème officiel des honoraires d'architecte ?
Non. L'ancienne « norme déontologique n° 2 » de l'Ordre fixait des honoraires minimaux en pourcentage de la valeur des travaux. Dans son communiqué du 24 juin 2004 (IP/04/800), la Commission européenne a condamné ce barème et infligé une amende de 100 000 € à l'Ordre, en tenant compte de son abolition en 2003. Son raisonnement est utile à connaître, parce qu'il décrit exactement comment fixer un prix aujourd'hui : les honoraires doivent refléter les compétences, l'efficacité et les coûts de l'architecte, et ne pas dépendre uniquement de la valeur des travaux ; l'architecte doit les fixer indépendamment de ses concurrents et exclusivement en accord avec le client.
Le règlement de déontologie de l'Ordre du 16 novembre 2022 ajoute une contrainte (article 12) : la rémunération de l'architecte doit lui permettre de couvrir ses frais, notamment l'assurance de sa responsabilité professionnelle. Un prix trop bas n'est donc pas seulement un mauvais calcul : c'est aussi un manquement déontologique.
Méfiez-vous des pourcentages « moyens » qui circulent en ligne : ils viennent de guides de prix destinés aux particuliers, pas d'une source officielle, et ils ne disent rien de vos coûts.
Pourcentage, forfait ou taux horaire : quelle méthode choisir ?
Les trois formes coexistent, et une même offre peut les combiner (un forfait pour l'avant-projet, un pourcentage pour la suite, un taux horaire pour les prestations hors mission).
| Méthode | Principe | Avantage | Risque pour le bureau | Quand l'utiliser |
|---|---|---|---|---|
| Pourcentage du montant des travaux | Honoraires = taux × coût des travaux HTVA | Le client compare facilement ; les honoraires suivent l'ampleur du projet | Si le budget travaux baisse, vos honoraires baissent alors que le travail reste le même | Construction neuve ou rénovation lourde au budget bien cerné |
| Forfait | Un montant fixe par phase ou pour la mission | Prévisible pour le client ; simple à facturer par étape | Chaque heure de dépassement est perdue pour le bureau | Mission bien définie, programme stable |
| Taux horaire (régie) | Heures réellement prestées × taux | Aucun risque de dépassement pour le bureau | Le client ne connaît pas le total ; il faut un suivi d'heures irréprochable | Expertises, conseils, missions partielles, régularisations |
Quelle que soit la forme choisie, le calcul de fond reste le même : combien d'heures, à quel coût.
Comment estimer les heures d'une mission d'architecte ?
L'Ordre des architectes met à disposition un outil de calcul des prestations qui ne donne pas un prix, mais une estimation du nombre d'heures. Il demande le type de travaux (neuf ou rénovation), la nature du marché (privé ou public), le type de construction (des hangars aux hôpitaux), le montant des travaux et un niveau de complexité de 1 à 3. L'Ordre précise que l'outil est indicatif, prévu pour des projets ordinaires, moyens à importants, et qu'il ne convient pas aux projets de minime importance, aux régularisations ni aux très grands projets.
Le découpage des heures suit les missions que la convention doit lister selon l'article 20 du règlement de déontologie : études préliminaires, avant-projet, dossier administratif (le permis), dossier d'exécution, assistance aux contrats, contrôle de l'exécution. Le tableau suivant reprend la répartition par phase que l'outil de l'Ordre appliquait pour une construction neuve en marché privé, telle que relevée par ArchiTek le 11 juin 2026 :
| Phase de la mission | Part des heures (neuf, privé) |
|---|---|
| Études préliminaires | 12 % |
| Avant-projet sommaire | 8 % |
| Avant-projet détaillé | 10 % |
| Permis d'urbanisme | 10 % |
| Projet pour exécution | 20 % |
| Assistance aux contrats | 5 % |
| Contrôle de l'exécution | 35 % |
Deux enseignements pratiques. D'abord, plus d'un tiers des heures arrivent après le permis, au moment où le client a l'impression que « l'essentiel est fait » : c'est là que se creusent les dépassements. Ensuite, ces parts sont une moyenne ; corrigez-les avec vos propres chiffres dès que vous avez quelques dossiers terminés et chronométrés.
Comment calculer le coût horaire complet de votre bureau ?
Le coût horaire complet, c'est ce que coûte à votre bureau une heure de travail facturable :
Coût horaire complet = coût total annuel du bureau ÷ heures réellement facturables sur l'année
Le coût total comprend les salaires et charges (le vôtre compris), le loyer, les véhicules, les logiciels, les assurances, les cotisations, la formation et le comptable. Les heures facturables ne comptent que le temps passé sur des dossiers facturés : l'administration, la prospection, les congés et la formation n'en font pas partie. C'est l'erreur la plus fréquente : diviser par toutes les heures travaillées fait paraître l'heure bien moins chère qu'elle ne l'est.
L'Ordre propose aussi un outil de gestion des honoraires, sous forme de tableur, pour faire ce calcul.
Comment vérifier qu'une offre d'honoraires est rentable avant de l'envoyer ?
Prenons un exemple fictif, pour illustrer le calcul. Un bureau de trois personnes coûte 210 000 € par an et facture 3 000 heures : son coût horaire complet est de 70 €. Il prépare une offre de 24 000 € HTVA pour une mission qu'il estime à 300 heures.
| Indicateur | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Taux horaire réellement vendu | 24 000 € ÷ 300 h | 80 € par heure |
| Marge prévue | 24 000 € − (300 h × 70 €) | 3 000 €, soit 12,5 % |
| Seuil de perte | 24 000 € ÷ 70 € | 343 heures |
| Coût d'une heure de dépassement | une heure × 70 € | 70 € de marge en moins |
Lecture : la mission reste rentable tant qu'elle ne dépasse pas 343 heures, soit 43 heures de marge de manœuvre. Si le seul contrôle de l'exécution (35 % des heures, donc 105 heures) dérape de 40 %, il consomme 42 heures supplémentaires et la marge tombe presque à zéro. Si le bureau vise 20 % de marge, il doit soit facturer 26 250 €, soit tenir la mission en 274 heures.
Vous pouvez refaire ce calcul avec vos chiffres dans le calculateur gratuit « Votre offre d'honoraires est-elle rentable ? » : il donne le taux horaire vendu, la marge, le seuil de perte et l'effet d'un dépassement sur une étape, sans inscription et sans que vos chiffres ne soient enregistrés.
Pourquoi suivre les heures par phase pendant la mission ?
Une offre bien calculée ne protège que si l'on voit le dépassement pendant qu'il se produit, pas à la clôture du dossier. Un projet dérape rarement partout à la fois : c'est le plus souvent une phase (un permis qui revient avec des remarques, un chantier qui s'allonge) qui consomme les heures des autres. Comparer, phase par phase, les heures vendues et les heures réellement pointées permet de réagir à temps : prévenir le client, facturer un avenant, ou réorganiser l'équipe.
C'est exactement ce que fait ArchiTek, le logiciel de gestion que nous développons pour les bureaux d'architecture :
- un estimateur d'heures de mission qui reprend la méthode de l'outil de l'Ordre, pour calibrer les heures de chaque phase ;
- un constructeur d'offres en phases et en tâches, avec plusieurs formules au choix du client, exporté en PDF ;
- la saisie des heures par dossier et par étape, et la rentabilité par étape qui compare en continu heures vendues et heures réalisées.
Vous pouvez essayer ArchiTek gratuitement pendant 14 jours, sans carte bancaire, ou lire notre page sur le suivi des heures et de la rentabilité.
Que doit contenir la convention d'honoraires ?
L'article 20 du règlement de déontologie impose que, pour toute mission, la convention soit rédigée par écrit, au plus tard lorsque la mission a été définie, et qu'elle précise les obligations réciproques et la liste des missions confiées (études, avant-projet, dossier administratif, dossier de passation, exécution et contrôle, assistance à la réception). Pour la rentabilité, ajoutez-y ce qui protège vos heures : le mode de calcul (pourcentage, forfait ou taux), l'échéancier de facturation par phase, le taux applicable aux prestations supplémentaires et le nombre de versions d'avant-projet comprises.
Questions fréquentes
Existe-t-il un barème légal des honoraires d'architecte en Belgique ?
Non. Le barème de l'Ordre des architectes a été aboli en 2003, et la Commission européenne a sanctionné l'Ordre en 2004 pour avoir recommandé des honoraires minimaux. Les honoraires sont fixés librement entre l'architecte et son client.
Comment calculer ses honoraires d'architecte ?
Estimez les heures de la mission phase par phase, multipliez-les par le coût horaire complet de votre bureau, ajoutez la marge visée, puis exprimez ce montant en pourcentage des travaux, en forfait ou en taux horaire selon ce que le client comprend le mieux.
Comment estimer le nombre d'heures d'un projet d'architecture ?
L'Ordre des architectes propose un outil de calcul des prestations qui estime les heures d'une mission d'après le type de travaux, la nature du marché, le type de construction, le montant des travaux et la complexité. L'estimation est indicative ; vos propres relevés d'heures sur des dossiers terminés la rendent plus fiable.
Qu'est-ce que le coût horaire complet d'un bureau d'architecture ?
C'est le coût total annuel du bureau (salaires, charges, loyer, logiciels, assurances, véhicules) divisé par les heures réellement facturables de l'année. Il indique le prix en dessous duquel chaque heure vendue fait perdre de l'argent.
Pourquoi une offre d'honoraires au pourcentage peut-elle devenir déficitaire ?
Parce que le pourcentage suit le budget des travaux, pas le temps passé. Si le budget baisse ou si une phase dure plus longtemps que prévu, les heures restent les mêmes ou augmentent alors que les honoraires stagnent. D'où l'intérêt de calculer d'abord en heures et de suivre les heures par phase.
Pablo Lebailly est le fondateur d'ArchiTek, logiciel de gestion conçu avec un bureau d'architecture en activité.